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Billet publié le 2 Mars 2026
Royaume-Uni et Europe, choix d’un destin
Pour autant que l’Europe et en premier lieu le Royaume Uni, fort à l ’époque de son lien privilégié avec les Etats Unis de Reagan, aient il y a 35 ans joué un rôle décisif dans la chute de l’URSS, les inconséquences actuelles des Européens sont aujourd’hui flagrantes, dans une zone d’intérêt pourtant fondamental pour eux.
Les événements de Crimée et d’Ukraine, la présidence de Trump en janvier dernier, les tensions sur la Palestine et Gaza et maintenant l’embrasement du Moyen Orient, soulignent l’improvisation de Londres, comme des autres capitales européennes.
Comme d’autres pays d’Europe, le Royaume Uni auto-handicapé par ses dettes et par une culture de complaisance, gravement sous-organisé militairement, fracturé par des extrêmes « socialistes » ou « nationales » et par un angélisme irréaliste, n’est plus capable d’assurer son destin. Il devient ainsi un cas d’école que chacun peut transposer au pays européen de son choix, à l’exception de certains pays sur des fronts nord où le réveil est à l’œuvre depuis les invasions de la Crimée et de la Georgie.
En interne : Un gouvernement et un Premier ministre menacés par des extrêmes d’angélisme et wokisme, une fracture d’immigration et un endettement de moins en moins contrôlable affichent un système de défense incapable de faire face à des conflits intenses. Une crise constitutionnelle menace, par la fragmentation de l’union nationale et par l’affaiblissement monarchique.
En externe : un Premier ministre cherche une nouvelle place post-Brexit dans une Union Européenne incapable de s’affirmer dans les réalités de la politique du monde. Les atouts que le RU pouvait apporter, son « pont » avec les États-Unis et sa force militaire et nucléaire se révèlent peu convaincants et confirment une dépendance excessive à la bonne volonté de la Maison Blanche.
Une démonstration : Starmer aurait refusé aux Américains l’utilisation de sa base à Diego Garcia et d’un aérodrome en Angleterre pour leur attaque sur l’Iran. Puis, il aurait cédé, partiellement, pour apaiser l’humeur de Trump, mais aussi sous pressions de ses alliés (France et Allemagne et peut-être les pays du golfe).
Réveil de réalisme : Les européennes construisent des bateaux de croisière plutôt que des bateaux de guerre.
Le Royaume-Uni et l’Union Européenne sont tombés dans le piège de leur angélisme interne et de leur naïveté vis-à-vis de l’Oncle Sam (comme envers la Russie et le reste du monde). Londres s’est rendu trop dépendante pour sa défense et donc pour son budget, l’Allemagne est devenue trop dépendante pour son économie. La France est certes restée constante dans sa volonté de puissance commune avec Londres et l’Union Européenne, mais incapable d’assurer sa souveraineté financière.
D’où la pertinence du rappel de François Hollande dimanche soir sur l’urgence pour l’Europe d’organiser sa défense, son union économique et un pouvoir commun, car capacité économique, efficacité diplomatique et puissance militaire sont liées.
George MURRAY
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Billet publié le 26 Septembre 2025
Questions sur la justice française
Le jugement rendu le 25 septembre 2025 par le tribunal correctionnel de Paris a toutes chances de rester dans l’histoire. Inédit à plus d’un titre, il condamne l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy pour « association de malfaiteurs », en le relaxant de « financements politiques illicites et de corruption ». A défaut de preuves vérifiables, il est fondé mais sur des interprétations, des présomptions voire des hypothèses. Il comporte un caractère punitif quasi immédiat, sans effet suspensif d’appel, avec un « mandat de dépôt à effet différé assorti d’une exécution provisoire ».
Au-delà de l’espèce du procès, il s’inscrit en fait dans une évolution commencée depuis plusieurs décennies et qui pose de lourdes questions sur notre système institutionnel et notre société.
Il est logique que les juges soient compétents pour apprécier d’éventuels manquements personnels de responsables politiques, citoyens comme tous les autres, mais jusqu’où peuvent aller leurs interventions dans le fonctionnement du système politique, alors que la constitution ne leur donne nullement la qualité d’un « pouvoir » comme le législatif et l’exécutif, mais seulement celle d’une « autorité » ?
Quel est le sens de la mission de « veiller au respect de la loi » lorsque cette dernière est désormais largement fabriquée par les juges eux-mêmes, de cours françaises et mais aussi européennes ? Dans leur obsession multiséculaire de devenir un pouvoir politique, des juges français profitent de leur capacité à interpréter généreusement et au profit de leur propre compétence les principes généraux (et souvent vagues) énoncés dans les préambules de constitutions et les déclarations générales de droits que des politiciens irréfléchis et irresponsables ont élevé au rang de droit positif. Peut on toutefois considérer que cette situation est saine pour notre démocratie ?
Quelle est la légitimité d’une corporation comparable à un nouveau clergé dont les membres oublieux de leur obligation d’impartialité affichent désormais des engagements qui sous des couverts syndicaux sont en fait clairement politiques ? Au nom de quoi un recrutement et une formation par cette même corporation peuvent-ils leur donner le droit de juger « au nom du peuple français » ?
Que reste-t-il de la garantie du double niveau de juridiction contre le risque inévitable d’erreur humaine) avec une possibilité d’« exécution provisoire » aux conséquences politiques et humaines immédiates et durables (même si par chance la peine capitale a été abolie !...)
Notre République et notre société souffrent de maux assez sérieux pour que leur solidité et leur pérennité paraissent aujourd’hui menacées. A une liste déjà longue, ruine de nos finances publiques, dislocation de notre État, effacement de l’intérêt général, perte de notre esprit civique et beaucoup d’autres sujets, vient de s’ajouter la question de l’institution judiciaire ? Un sujet de plus à traiter d’urgence.
Henri PIGEAT
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Billet publié le 26 Août 2025
Rentrée scolaire, psychodrame national redondant
Comment économiser plus de deux milliards d'euros par an.
Noël et le nouvel an, Pâques, le 14 juillet et d’autres jours importants battent le temps de la marche de la nation et ses enfants vers les lendemains.
Il y en a un, une forme de transhumance ou folie collective qui n’a ni queue ni tète, pour bien des étrangers, européens en tout cas qui le vivent pour la première fois, et ensuite chaque mois de septembre : la rentrée scolaire.
La preuve de cette spécificité, sinon exception française, se trouve dans l’incrédulité devant l’explication qu’ailleurs la reprise de l’école peut se passer sans excitation et cirque médiatique.
« La gloire de mon père »
Par conséquent, depuis le plus jeune âge chaque français n’a connu que l’ombre de préparatifs qui s’impose petit à petit en été à travers le massif de Garlaban de Pagnol, les plages, campings et piscines, jusqu’au septembre : « en tant de jours c’est La Rentrée » !
Tout le pays est donc formaté depuis des générations, semble-t-il sans qu’il y ait ni critique ni discrimination entre l’objectif et la méthode. Les coûts sont lourds*.
Chaque famille subit la pression et dépenses commerciales, concurrence des images de marque (souvent importées d’Asie) - facteurs de tensions diverses - et d’autres rapports de force. Les acteurs (exploiteurs ou victimes) principaux sont les supermarchés, enseignants avec leurs listes et exigences, la CAF, les assureurs, les associations de parents, contribuables et syndicats et surtout les enfants/ adolescents, qui sont au centre du stress de ce psychodrame inutile.
Si jamais il y ait un grand « dégraissage » et refonte du « mammouth », peut-on imaginer qu’inspiration serait tirée de la reprise de l’année scolaire dans des pays voisins, du Royaume Uni par exemple, ou la reprise de l’école se passe quasiment comme n’importe quel jour de classe, en uniforme et chaussures noires neuves (modestement subventionné pour les familles les plus démunies)? Les fournitures essentielles se font comme l’achat du pain, soit par les parents ou distribuées par l’école dans certains cas. Les magasins n’adaptent que peu leur offre, sauf que pour les uniformes des écoles à proximité, et l’assurance n’est guère un sujet d’intérêt.
Sommes-nous capables d’apprendre à oublier de « rentrer », juste continuer ?
• L’allocation ARS / CAF serait parmi les dépenses sociales les plus couteuses (plus de deux milliards d’euros par an pour 2.8 million familles), l’équivalent de l’impôt sur revenue de 680,000 foyers d’après l’association « Tous Contribuables ».
George MURRAY
Billet publié le 13 Août 2025
Insecticides. Plus qu’une péripétie politique d’été
Rien ne saurait être actuellement plus digne d’intérêt que les vacances d'été, point d'orgue annuel de notre très chère société du loisir, après la durée hebdomadaire du travail, l’âge de la retraite, les jours fériés, les RTT, les congés de maladie et les « ponts et viaducs d’absences savamment « posés » sur le calendrier.
La décision prise le 7 août dernier par le Conseil constitutionnel mérite cependant quelques instants d’attention. En première et sommaire analyse, l’usage de certains insecticides, principalement pour la culture de la betterave sucrière est à nouveau interdit, du moins dans les conditions présentes.
Le propos n’est pas de s’arrêter ici sur les circonstances déjà abondamment commentées du récent épisode parlementaire et juridictionnel. Il n’est assurément pas sain qu’une telle décision soit intervenue sans débat public des assemblées, pas plus que ne l’était la manœuvre d’obstruction préparée par, dit-on plus de 3 500 amendements de l’opposition dont le seul objectif était d’empêcher toute conclusion du moindre débat. Un peu mystérieux demeure aussi le si spectaculaire et rapide succès de la pétition « spontanée » réclamant l’abrogation. Nous ne nous arrêtons pas davantage sur les arrières pensées et manœuvres politiciennes, à quelques mois d’élections municipales fortement parfumées de considérations écologistes et à moins de deux ans d'élections présidentielles très ouvertes.
Plus intéressants sont d’autres aspects. Le premier et plus important est notre incapacité permanente à traiter les sujets environnementaux autrement que de façon politicienne et idéologique. Le phénomène apparait dès 2005, lors de l'adoption d'une « charte de l'environnement », bientôt insérée dans le préambule de la constitution, donc avec attribution d’une valeur juridique supérieure, mais dont les conditions d’application concrètes et équilibrées n’ont encore jamais été clairement définies.
La récente loi Duplomb n’est qu’un exemple des « habiletés » souvent boiteuses qui en ont résulté. L'insecticide en cause avait été interdit en 2018 puis rétabli de façon partielle en 2020 puis élargi par la loi du 8 juillet 2025 à l’initiative du Sénat, avant d’être partiellement condamné par le Conseil constitutionnel le 6 juillet dernier. Jamais, au cours des sept années passées n’a pu être émise une position claire fondées non sur des déclarations de principes d « experts » très inégalement reconnus, mais sur des études scientifiques sérieuses assorties de garanties sérieuses. La plupart des pays voisins et concurrents continuent ainsi d’utiliser cet insecticide, sous surveillance et apparemment sans contestation majeure.
Tel ne semble pas pouvoir être le cas en France. Cette affaire, comme d’autre est devenue une confrontation passionnelle d’opinions très inégalement informées, sans qu’un débat raisonné puisse conduire à la définition d’un équilibre satisfaisant et réalisable concrètement, entre deux préoccupations légitimes, celle du souci environnemental et celle de la sauvegarde d’une ambition économique suffisante pour répondre aux besoins de tous les citoyens du pays, en d’autres termes la conciliation des intérêts particuliers et de l’intérêt général de notre communauté.
L’arrêt du conseil constitutionnel, après des commentaires formulés pour la plupart avant sa lecture, et sur des bases partisanes préétablies ouvre certaines voies en ce sens. S’ils ne sombrent pas dans la pure polémique, les débat qui vont suivre pourraient s’en servir pour inventer des solutions de raison. La confiance du citoyen dans nos règles et pratiques politiques comme dans nos dirigeants politiques ne pourrait qu’y gagner.
Henri PIGEAT
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Billet publié le 1er Août 2025
L’Europe mise à genoux
Le 27 juillet 2025 restera dans l’histoire comme le jour où l’Union européenne a cédé piteusement à un « deal » à sens unique imposé par Donald Trump. Menacée de 30% de droits de douane au 1er août, elle a accepté 15 % sur ses exportations vers les États-Unis (à quelques exemptions près) contre 0 % pour les importations américaines.
Alors que l’UE est l’une des trois plus grandes puissances économiques mondiales, que son marché intérieur et son commerce extérieur sont supérieurs à ceux des États-Unis, qu’elle était résolue à faire jouer son droit de représailles tarifaires, elle s’est comportée comme un géant aux pieds d’argile. Elle assure avoir voulu éviter une escalade commerciale coûteuse. Elle a aussi agi par peur d’un vide sécuritaire. Elle a choisi d’acheter la paix commerciale au prix d’un recul de son ambition d’autonomie, à un moment de crise existentielle face à la Russie. Elle a espéré s’assurer les bonnes grâces de « l’allié américain » en lui promettant des centaines de milliards d’achats en énergies et en armements, sans contreparties.
En cédant à Trump pour « éviter le pire » à court terme, elle est devenue l’otage d’un président MAGA qui prône un retour ébouriffant au protectionnisme, façon années 1930, et qui organise un racket mondial via les droits de douane. Elle semble avoir oublié que Trump et ses complices veulent fragiliser l’Europe économiquement et la démanteler en soutenant les forces populistes anti-UE.
La Commission européenne n’est pas seule fautive. Elle est mandatée pour négocier les accords commerciaux internationaux au nom des 27 et, comme toujours, elle s’appuie sur le plus petit dénominateur commun. Sa présidente Ursula von der Leyen, décriée pour son obséquiosité face à Trump, suit les orientations validées par la majorité des États membres. Dans une France polyhandicapée, François Bayrou dénonce une « soumission ». Emmanuel Macron déplore que l’UE n’ait pas été assez « redoutée » dans la négo. Leur espoir d’un « rééquilibrage » à venir est illusoire. Un deal obtenu en se couchant ne laisse guère de place à des améliorations.
Le constat est accablant : l’UE serait capable de résister mais elle n’a pas de volonté politique commune pour défendre ses intérêts. Elle est fragmentée, insuffisamment intégrée au niveau de sa zone euro pour parler d’une seule voix, dépourvue d’autonomie militaire réelle et d’unité diplomatique. L’illusion d’un parapluie américain éternel bloque toute affirmation de souveraineté.
Ces renoncements révèlent l’urgence d’une refondation profonde de l’Union européenne (voir ILISSOS 188-189 de juin-juillet 2025). Une Europe qui ne veut plus céder aux chantages doit pouvoir clamer à Trump : European lives matter !
Pierre LEMOINE
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Le TABLEAU DE BORD
Le tableau de bord d'Ilissos fait régulièrement le point sur la situation économique de la France dans la zone euro.
Les humeurs d'Armando
La LETTRE : Numéro 192-193
Janvier-Février 2026
Sujets des dossiers ::
POLITIQUES EN SUSPENS
D’année en année, le constat s’aggrave : France et Europe foncent droit dans le mur. Relire La fin… ou la sortie de l’Histoire et notre dossier ORDO AB CHAO (ILISSOS n°191, déc. 2025). La confiance po...
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