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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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A QUOI SERVENT LES BANQUES CENTRALES ?La lettre n° 86 - décembre 2012, p. Lorsque débuta la Guerre de la ligue d’Augsbourg en 1688, nul ne savait qu’elle allait aussi rentrer dans l’histoire sous le nom de Guerre de Neuf ans. En tous cas, l’ignorait Guillaume d’Orange qui profita de cette guerre pour s’emparer du trône d’Angleterre au détriment de son beau-père Jacques II.La guerre s’éternisa donc si bien qu’au bout de cinq ans, le Trésor britannique dut rendre grâce et s’adonner à l’exercice favori des Etats de l’époque, la banqueroute. Mais financier dans l’âme, car Hollandais d’origine - à l’époque cela était synonyme - Guillaume comprit très vite que l’allégement sur les dépenses, obtenu immédiatement du fait de la disparition de la dette, se payait rapidement en augmentation des taux sur la nouvelle dette. D’où le constat que la pire des choses qui puisse arriver, c’est la banqueroute. Il créa donc en 1694 un prêteur en dernier ressort, la Bank of England, dont la mission était de racheter, quoi qu’il arrive, la dette de l’Etat et de garantir à ceux qui en détenaient, qu’ils ne seraient plus spoliés. Depuis, l’Etat anglais dont l’endettement était pourtant de 250% du PIB en 1816 et de 280% du PIB en 1946 n’a jamais fait défaut. Dans une guerre, plus courte que celle de la ligue d’Augsbourg, la Guerre de Sept ans, Frédéric II de Prusse se heurta à une opposition feutrée mais ferme d’une partie de son administration qui s’accommodait mal de son alliance avec l’Angleterre. Il répondit : "l’Angleterre contrôle tout : elle contrôle l’espace grâce à sa marine ; elle contrôle le temps grâce à sa Banque". Et si l’espace anglais s’est considérablement réduit depuis le milieu du XVIIIe siècle, le temps anglais est toujours aussi bien géré : tandis que les taux s’envolent sur les dettes publiques de la zone euro, l’Angleterre dont l’endettement public est au même niveau que celui de la France, place sans difficulté sa dette car la Bank of England est disposée à la racheter sans états d’âme. C’est à cette pratique que se refuse la BCE. Elle serait ainsi influencée par une tradition germanique oublieuse des remarques de Frédéric II et très attachée à l’indépendance de la banque centrale et au refus du rachat, supposé inflationniste, de dette publique. Cette tradition serait née du souvenir traumatisant des années 20. Assertion convenue sur les idées allemandes car, objectivement, la plupart des Allemands d’aujourd’hui, tout aussi ignares de leur histoire que les Français, seraient bien en peine de raconter ce qui s’est vraiment passé dans leur pays dans les années 20. L’indépendance de la banque centrale allemande ne fut pas le fruit d’une réflexion sur l’inflation. Créée par les Américains en 1948, cette banque centrale qui deviendra la Bundesbank à la fin des années 50 a été conçue à Washington comme indépendante du pouvoir politique de Bonn, installée à Francfort et destinée à limiter les dépenses du nouvel Etat allemand pour mieux en contenir les pouvoirs. Les hasards de l’histoire font du pragmatisme américain de la fin des années 40 le fondement du dogmatisme allemand des années 2010. Et pendant ce temps-là, à Londres, on a oublié ce que banqueroute veut dire… |
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