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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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dilemme britanniqueLa lettre n° 86 - décembre 2012, p. Face à un déficit public préoccupant, le gouvernement britannique mène une politique qui mérite attention, car inspirée du modèle de redressement canadien, elle se distingue nettement des méthodes couramment utilisées en Europe.La coalition conservatrice revenu au pouvoir il y a un an et demi a hérité du déficit laissé par l’ancienne majorité travailliste. La part du secteur public dans l’économie était passée de 39 à 49 %. Le nombre des fonctionnaires s’était accru d’un million environ. Comme beaucoup d’autres pays en Europe le pays était ainsi en position défavorable pour affronter la crise financière. Dès les premières semaines, David Cameron a commencé à supprimer des emplois publics et a engagé des réformes structurelles. Le plan de réduction des dépenses publiques est pour l’instant tenu, mais la crise de l’euro risque de réduire de moitié les prévisions de croissance dont l’objectif était de 1,4 %. Le taux de chômage, au plus haut pour les quinze dernières années, est de 8,3 %. L’inflation en est montée à 5 %, mais la Banque d’Angleterre affirme garder le contrôle des prix avec un objectif d’inflation à 2 %. Albrecht Ritschl, économiste allemand à la London School of Economics, souligne l’originalité de la politique suivie, en signalant notamment le fait que la Banque d’Angleterre, dont l’indépendance est moins restrictive que celle de la BCE, a pu acheter des bons d’État et permis ainsi de maintenir assez bas les coûts d’emprunts publics et prévenir une crise de liquidités. Le taux de la dette britannique à dix ans est ainsi tombé de 3,3 % à 2 % environ, soit à peu près le niveau allemand et très en deçà des taux de l’euro zone. La recette de Keynes ne fonctionne pas Ritschl, spécialiste de l’histoire économique et des crises ne s’arrête guère à discuter la thèse des risques qu’une réduction des dépenses ferait courir à l’activité économique. Il s’interroge au contraire sur la dernière décennie, en se demandant " où l’argent a pu aller. La plupart des créations d’emploi s’étant réalisée dans le secteur public, pour un million d’unités environ, on peut considérer que l’économie britannique a été parfaitement stagnante depuis le début des années 2000. " La marge de manœuvre est restreinte du fait du niveau de la dette publique. Si vous êtes déjà sous le poids d’hypothèques élevées, vous ne pouvez pas revenir devant votre banque. Le catéchisme keynésien ne peut donc pas s’appliquer. Je ne partage pas du tout l’idée selon laquelle la réduction des dépenses publiques serait contre-productive. Selon Ritschl, la raison principale des faibles taux des bons publics tenait à ce que le gouvernement a pu convaincre la Banque d’Angleterre d’acheter d’énormes quantités des bons d’Etat, ce qui a permis de monétiser la dette. Stériliser le surplus de monnaie Le problème suivant sera celui de la stérilisation de cette dette. En d’autres termes, comment retirer ce surplus de monnaie artificiellement créé, sauf à espérer son absorption par un retour de croissance ? Deux exemples de stérilisation monétaire viennent à l’esprit. Dans l’Allemagne de la fin des années 30, la Reichsbank a décrété une politique de dépenses, mais celles-ci ont ensuite été stérilisées. Tous les membres du conseil de la banque durent être démis, mais l'instabilité monétaire caractérisa la période précédant immédiatement la guerre. Le second exemple est celui du Japon dans les années 90 qui vécut une décennie de déflation dont l’économie ne s’est pas encore remise. Je me demande depuis l’origine, dit Albrecht Ritschl, si les Conservateurs vont réellement mener leurs réformes jusqu’au bout. Elles sont très difficiles dans une démocratie. En Allemagne, le gouvernement Schröder l’a fait au prix d’un renvoi par les électeurs. Ce n’en était pas moins ce qu’il fallait faire et l’Allemagne en tire aujourd’hui les bénéfices. La croissance peut faire le travail pour les politiciens, mais il faut d’abord que les coupes nécessaires soient faites dans les dépenses publiques. Sinon, on rencontre l’inflation. Certains peuvent s’en réjouir à court terme. Peut être est-ce une telle anticipation qui vient de pousser le gouvernement français à désindexer certaines allocations. Du fait de son mandat, la BCE ne peut toutefois pas de se prêter à un tel jeu, malgré quelques accrocs occasionnels. Au Royaume-Uni, Cameron peut installer une inflation plus ou moins contrôlée, mais le risque dans ce cas est que l’accélérateur se coince, ce qui nous ramènerait au risque d’un retour au problème des années 70, celui de la stagflation. L'analyse du Pr. Ritschl souligne un autre paradoxe. Le Royaume-Uni n’a pas d’autre choix que de couper la dépense publique radicalement et rapidement, en tentant parallèlement des réformes structurelles profondes pour libérer la croissance économique. Ce faisant, il utilise la baguette magique de la monnaie pour contrer la récession qui pourrait en résulter à court terme, mais il garde aussi l’option d’une destruction de la dette par l’inflation. Dans l’Eurozone, les gouvernements qui se sont orientés trop tard et trop timidement vers la réduction des dépenses publiques ont compromis leur crédibilité. La BCE a aidé quelques-uns à garder la tête hors de l’eau. Elle est toutefois désormais sous pression, pour monétiser les dettes jusqu’au retournement du courant. Il faut donc gagner du temps. Le Royaume-Uni et l’Eurozone offrent les deux faces d’une même pièce. |
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