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MONDIALISATION ET SOCIETE FRANCAISE

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finance, economie, schemas désaccordés

Alain MAGNIER

La lettre n° 86 - décembre 2012, p.

Pendant que les Français, réputés ignares en économie, sont inondés de notions théoriques, réputées "incontournables", on fait appel à toutes les théories d'économistes pour justifier les mesures impopulaires mais "indispensables". La nécessaire rigueur, toujours "exceptionnelle", se justifie par le "spread" avec l'Allemagne, sinon le triple A perdu sera la catastrophe absolue et la fin de nos espoirs dans une Europe unie, forte dans le monde grâce à sa solide monnaie!

Dans ce que les médias et les politiques affirment, il y a un peu de réalité, mais les raccourcis nuisent à la compréhension et à la vérité. La "crise" actuelle est une crise financière, c'est-à-dire que la monnaie unique, l'euro,  est objet de tensions spéculatives pour que les investisseurs optimisent leurs profits. Là où il y a tension les taux montent et les prêts sont plus rentables si le risque est maîtrisé. Donc les financiers européens, mis sous pression, ont fait appel aux Etats pour retrouver des ressources nécessaires à leur fonctionnement. De finances "douteuses" telles que les hedge funds ou les créances "pourries" ont été remplacées par des dettes dites "souveraines", beaucoup plus respectables, du moins pendant un temps.

Les Etats ont alors engagé des garanties et des renforcements de trésorerie, avec des taux faibles, pour que les banques puissent reprendre leur activité avec une fiabilité suffisante. Les banques ne se sont donc pas privées pour prêter aux pays "fragiles", à des taux élevés, ce qui va arriver si le AAA est perdu. La règle sera alors que des financiers assistés par les Etats prêteront à ces mêmes Etats des fonds "souverains" à des taux inouïs.

Les intérêts des dettes publiques sont devenus exorbitants dans les budgets nationaux, ce qui fragilise leur garantie et tend donc à augmenter les taux qui les concernent.  L'euro, construit pour être indépendant des politiques économiques des Etats afin d'être une monnaie forte, devient alors un poids, un handicap, car il n'a pas de possibilité d'ajustement, par l'inflation ou la création monétaire notamment. Plus surprenant, ce sont les organismes financiers, secourus par les Etats, qui sont aujourd'hui les seules sources d'augmentation de la masse monétaire, donc de l'ajustement des moyens de paiement aux besoins de monnaie.

Ainsi, la finance, dont la vocation normale est de servir d'outil aux échanges économiques, devient un organe autonome qui, comble du paradoxe, apporte des contraintes nouvelles à la vie économique, c'est-à-dire à la consommation des ménages, à l'investissement des entreprises et des particuliers, à l'équipement public...

Ce schéma désaccordé n'est certainement que temporaire, mais il peut laisser de nombreuses victimes derrière lui si la remise en ordre des mécanismes ne se fait pas rapidement.

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