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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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L'économie en panneLa lettre n° 86 - décembre 2012, p. La question de la dette publique perdrait son caractère dramatique si la croissance économique venait à son secours. Chaque point de PIB en plus (soit 20 milliards ) apporterait un début de réponse à condition qu’il se répète durablement.Mais voilà, le miracle ne se produit pas, pire, il s’éloigne . L’économie française est en panne et depuis longtemps. Malgré les promesses solennelles, elle ne dépasse plus une vitesse de croisière de 1,5% par an. Et cette réalité est ancienne; elle n’est pas liée à la conjoncture ou à la crise ni aux folies des marchés financiers. En un mot, elle est structurelle. Plus grave, il n’y a pas dans le pays de consensus sur le diagnostic. On accuse, en vrac, les charges sociales et fiscales (excessives), le travail (rationné par les 35 heures), les réglementations (foisonnantes), le secteur public (écrasant et insatiable). Derrière ces débats de principe, une réalité s’impose. La dépense publique ayant atteint ses limites, le secteur productif se présente comme le seul recours. Or il est grand temps de prendre à bras le corps une situation qui se dégrade. - La désindustrialisation du pays se poursuit dans une certaine indifférence. Il a fallu beaucoup de temps pour ébranler l’idée selon laquelle les services pouvaient remplacer l’industrie. Ce retour en grâce est bienvenu mais il arrive bien tard. Des branches entières ont disparus ou sont menacées. Cette désindustrialisation est plus rapide en France qu’ailleurs en Europe. La part du secteur manufacturier dans la valeur ajoutée est passée de 22 à 16% au cours des dix dernières années (contre 25 à 22 pour la zone euro et 29 à 30 en Allemagne). - Le déséquilibre croissant de la balance de paiements vient sanctionner durement cet affaiblissement. De 1998 à 2008, la part des exportations françaises dans le total de la zone euro est passé 16,8 à13,2%. Elles représentaient 55% des exportations allemandes en 1999 contre 40% aujourd’hui. - L’appareil productif reste faiblement structuré. Seules les très grandes entreprises ont réussi à échapper à la culture dominante ; en se mondialisant elles ont assuré leur survie ,mais en même temps elles se sont désintéressées du marché intérieur et ont renoncé au leadership qu’elles exerçaient sur l’économie nationale. Les entreprises de taille intermédiaire ont été redécouvertes récemment, mais cette découverte met en lumière l’ampleur des problèmes. Elles sont peu nombreuses (2000) souvent écrasées par les exigences des donneurs d’ordre (sous -traitance) et souffrent de l’insuffisance de leur fonds propres. La formation d’un Mittelstand à la française exigera des changements profonds dans la culture, les réglementations, les financements, etc. Les PME ont-elles aussi été redécouvertes récemment du fait de leur rôle dans le marché de l’emploi, mais leur nombre (2,3 millions) est trompeur de même que les statistiques flatteuses de création d’entreprise. Elles peinent à croître et à se transmettre. L’ effondrement de ce tissu est un des grands périls des années qui viennent. - Ce tableau inquiétant le serait moins si l’entreprise était considérée comme elle le devrait. C’est peu dire que les Français n’aiment pas leurs entreprises et d’ailleurs ils ne les connaissent pas. Ils ont quelques excuses ; les grands médias, l’éducation nationale, la classe politique entretiennent à son égard le soupçon et l’incompréhension. Si l’on croit les sondages récents cette méfiance tendrait même à augmenter ! Il a fallu beaucoup de temps pour que les gouvernements prennent sérieusement conscience de cette situation. Le discours et l’action politique ont changé. Il en résulte depuis dix ans un flot ininterrompu de mesures diverses. D’après le portail internet, des aides aux entreprises il y aurait 3000 procédures ! Parmi bien d’autres on peut citer : le crédit impôt recherche (2008) la réforme de la taxe professionnelle (2010) les taux réduits de TVA, les allégements de charge sur les bas salaires et les heures supplémentaires (2008) le statut des ETI, des auto-entrepreneurs (2008), les financements dédiés (OSEO, Grand Emprunt, Fonds stratégique d’investissement), les mesures fiscales (successions ISF), les pôles de compétitivité… sans parler des aides régionales, départementales, municipales ! Toutes ces mesures avaient été vivement réclamées par les acteurs économiques. La plupart ont été utiles, mais en l’absence d’évaluation, il est bien difficile de s’en faire une idée précise. Suffisent elles ? Evidemment pas. L’époque des incitations ponctuelles à la marge est sans doute dépassée. De la gauche à la droite, les candidats à l’élection présidentielle découvrent l’impératif de compétitivité. Il faut attaquer le cœur du sujet : le temps de travail trop court ,les charges trop lourdes, la formation professionnelle insuffisante, la faible place de l’entreprise dans la société… En un mot, la mobilisation de tous pour rattraper le temps perdu et rejoindre le niveau des meilleurs en Europe, devient la priorité nationale. |
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