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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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La liberté en otage ?La lettre n° 10 - juin 2003, p. UNE fois de plus, les agents des services publics français défraient la chronique pour faire céder la République à leurs raisons. Un grand débat est assurément nécessaire, mais plus sur les finalités et les modalités de fonctionnement des services publics français que sur le statut de leurs agents. Les services publics ont apporté une indéniable valeur ajoutée à la liberté politique en France. Le contrat social doit désormais garantir un accès équitable de tous à la santé, à l’éducation, à la fourniture d’eau ou d’électricité, aux transports et aux moyens de communication. Personne ne s’en plaint. Le problème est que la réalité des services publics est aujourd’hui souvent loin de ce beau principe. D’un point de vue technique, si certains services fonctionnent bien, d’autres voient leur efficacité se réduire à grande vitesse pour des raisons qui ne tiennent pas toutes à leurs salariés. De nombreux enseignants, par exemple, qui, en d’autres temps, ont fait l’excellence de l’école française, veulent encore assurer au mieux leur mission. Il en va de même dans d’autres services publics. Mais quasiment partout, les dérives et les irresponsabilités du système découragent les bonnes volontés et détruisent la finalité recherchée. Le coût des services collectifs ne cesse de croître comme si les ressources pouvaient tomber du ciel sans que le citoyen ait finalement à en supporter le poids. La capacité de blocage de toute la société par leurs syndicats empêche enfin les réformes, même les moins contestables. D’un point de vue économique, l’importance de la place occupée par les services publics devient un handicap qui pèse sur toutes les activités productrices au lieu de les soutenir. La France est désormais un des derniers pays à n’avoir pas pu, ou voulu, assainir une situation de plus en plus en contradiction avec les règles de la concurrence internationale. Les services publics français, dans leur forme actuelle, font ainsi figure en Europe de vestiges condamnés. D’un point de vue politique enfin, la réalité, désormais candidement reconnue par certains leaders syndicaux, est que la rue, c’est-à-dire des manifestations suffisamment mises en scène par la télévision, doit désormais imposer sa décision bien au-dessus du Parlement. Foin des vieilles lunes ! La règle démocratique de majorité est désormais dépassée… Indépendamment des motivations multiples et complexes des actuels mouvements sociaux, la première difficulté à surmonter est l’extrême confusion qui caractérise le débat. Tout est sciemment confondu: le service et l’organisation qui l’assure, le monopole et l’égalité, la propriété publique et l’efficacité et surtout l’intérêt général et l’intérêt particulier des agents de chaque service. La Lettre d’Ilissos voudrait contribuer ici à clarifier un peu les données du problème, à distinguer des notions abusivement confondues, à montrer aussi ce qu’ont pu faire en la matière certains pays proches et pas moins soucieux que nous de bien-être social, à rappeler aussi que les services publics doivent s’adapter aux évolutions de la société. Il restera aux politiques à oser dire la vérité : nos services publics, dans leur blocage actuel, sont devenus un piège fatal pour notre démocratie alors qu’ils devraient en être une chance. Quant aux citoyens, ils devront se demander s’ils renoncent définitivement à la liberté élémentaire de choisir en connaissance de cause la société dans laquelle ils veulent vivre. Henri Pigeat |
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