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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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L'APRES MEDIATOR, LA REFORME DU SIECLELa lettre n° 86 - décembre 2012, p. Chaque année amène "son" scandale de santé publique, à la manière des "marronniers" journalistiques. Chaque année apporte aussi sa réforme "historique".En 2009, ce fut le Médiator, mais avec une originalité : l’Etat qui paraissait défaillant dans les précédents scandales (canicule, Tchernobyl, sang contaminé…) a joué cette fois la partition des "indignés". Le Président de la République et le Ministre Xavier Bertrand ont réclamé des sanctions sévères. Le scandale du Médiator n’exempte cependant pas l’Etat de toute responsabilité. "Officiellement" autorisé depuis 33 ans comme adjuvant au traitement de la surcharge pondérale chez les diabétiques, ce médicament est surtout prescrit comme "coupe-faim", même et surtout si l’on n’est pas diabétique. Or, ce produit est un analogue des amphétamines, molécules actives dangereuses, interdites depuis 1976. Pendant les dix dernières années, les alertes et les décès n’ont pas été pris au sérieux. Plus grave, le Médiator a été retiré du marché dans plusieurs pays d’Europe, mais pas en France. Un livre du Dr Irène Frachon au sous-titre particulièrement accusateur "Combien de morts?", a fait l’objet d’un procès du Laboratoire Servier, que l’auteur a fini par gagner en appel, mais le déni du laboratoire a fait beaucoup pour accentuer le malaise. Le Ministre a réclamé des rapports et promis un projet de loi réformant le "système" d’évaluation des médicaments, considéré comme globalement défaillant. Le coupable idéal a vite été trouvé, en l’occurrence l’Agence Française de sécurité Sanitaire des Produits de Santé, l’AFSSAPS, créée en 1998 par le gouvernement Jospin justement pour assainir ce secteur. Le mot clé est " conflit d’intérêt ". Les commissions d’experts chargés de donner un avis sur les nouveaux médicaments sont excessivement peuplées de personnes ayant des attaches avec les laboratoires pharmaceutiques. L’affaire dépasse en fait le Médiator, et tourne au procès de l’industrie du médicament en France : les rapporteurs mobilisés par le Ministre rappellent que la France détient en Europe le record peu glorieux de la plus grande consommation de médicaments (4 fois plus d’anti-dépresseurs et 19 fois plus de vaso-dilatateurs qu’en Grande Bretagne), celui du nombre de produits au service médical rendu " discutable" (4500 marques, alors que l’OMS estime que moins de 500 suffiraient ), et surtout, celui des médicaments dangereux. Une des premières décisions qui a suivi la remise des rapports a été de publier une liste de 77 produits "à risque", la plupart d’entre eux étant très prescrits. La nouvelle loi, qui a bénéficié de l’urgence, est en phase finale après son approbation par les deux chambres. Le Ministre parle de projet "radical", marquant un "avant et un après Médiator", mais ses principales dispositions existaient dans les textes en vigueur, et n’étaient simplement pas respectées. L’avenir devrait être plus "transparent". Il reste à espérer qu’il soit plus vertueux. |
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