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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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Leçons d'un conflit, pour la France et pour l'EuropeLa lettre n° 9 - mai 2003, p. LA guerre d’Irak s’est terminée rapidement, comme prévu. La suite sera sans doute plus longue, et demeure incertaine. En ce qui nous concerne, une autre confrontation, entre la France et les Etats-Unis, semble succéder à la guerre: on peut y lire un triple message, en regrettant toutefois certaines intempérances de langage, bien réparties de part et d’autre de l’Atlantique . Elles donnent la nostalgie des méthodes diplomatiques éprouvées depuis quelques siècles. Le premier message est celui de l’ambivalence de l’argument de liberté et de démocratie dans les relations internationales. Les Etats-Unis et la France se veulent depuis deux siècles les des Lumières. Une même position morale semble commander leurs actes: développer la démocratie dans le monde et servir la liberté. Ces mots n’ont pas le même sens partout et la liberté des peuples n’est pas toujours celle des individus. De plus, l’Irak nous rappelle qu’un idéal n’est jamais séparable des intérêts de chaque pays. Il était inévitable que les Etats-Unis fassent prévaloir une logique impériale, c’est-à-dire la loi du plus fort, au fur et à mesure que leur puissance devenait dominante. La France ne pouvait que devenir multilatéraliste dès lors qu’elle n’avait pas une force suffisante pour agir seule dans le monde. Le second message est justement que les choix de politique étrangère sont strictement délimités par les moyens sur lesquels on peut s’appuyer. La position de la France avait sa logique. Elle réaffirmait la souveraineté nationale, prenait en compte la présence sur son territoire d’une forte minorité de culture musulmane et exprimait son souci de limiter le risque de ces confrontations culturo-ethniques dont l’histoire lui a donné l’expérience. Mais une argumentation diplomatique ne vaut que par la capacité pratique de la faire respecter par la force ou par un réseau d’alliés sûrs. La guerre d’Irak l’a rappelé opportunément à ceux qui avaient oublié qu’avant de développer une politique étrangère indépendante, le Général de Gaulle avait redressé l’économie, installé une monnaie forte, développé la recherche et construit une dissuasion crédible, sans jamais oublier de s’assurer le soutien d’alliés. Le troisième message peut servir à dissiper certaines illusions. Le débat ouvert depuis de nombreux mois sur une politique étrangère commune en Europe a, jusqu’alors, surtout évoqué les moyens sans jamais souligner, d’ailleurs, que l’addition des efforts financiers de chaque pays équivaudrait à une part importante de l’effort américain de défense. Mais là n’est pas l’essentiel. Des moyens n’ont de sens qu’au service d’une réflexion stratégique fondée sur les conditions actuelles du monde et sur les menaces dont nous pouvons faire l’objet. La guerre d’Irak nous rappelle que les discussions en cours continueront à piétiner tant que l’Europe n’aura pas eu le courage de choisir ce qu’elle veut être. Parce qu’il sera long et difficile, mieux vaut ouvrir dès maintenant, clairement, le débat devant l’opinion. Le pire réside dans le "non-choix" tacite, qui depuis quarante ans, a permis notre prospérité et le progrès social à l’abri de la protection américaine, mais a installé aussi un système néo-neutraliste. Si, comme nos voisins helvétiques, nous voulons ce choix, l’affirmation spectaculaire de positions mondialistes relève de l’illusion et compromet notre crédibilité. Sinon, et c’est possible, nous devons élever nos moyens à la hauteur de nos ambitions et nous efforcer de faire rapidement progresser l’Europe politique. Les relations avec les Etats-Unis cesseront alors d’être le préalable qui la bloque aujourd’hui: elles ne seront plus une condition, mais une conséquence. Henri Pigeat |
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