|
N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
|
|
|
|
régionales, imprévisibilités politiquesLa lettre n° 73 - avril 2010, p. L’analyse à chaud des élections régionales n’autorise que deux certitudes. Elles représentent une déroute pour la droite au plan local, mais un échec identique en 2004 ne l’avait pas privée d’un parcours victorieux à la présidentielle et aux législatives de 2007. Elles confortent le leadership de la gauche sur les territoires, mais n’augurent en rien sa régénérescence à l’échelle nationale. En réalité, ce scrutin confirme l’instabilité désormais chronique de l’électorat français et brouille un peu plus les pistes pour qui serait tenté d’explorer le scénario des deux années qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle. Cette imprévisibilité a une cause profonde : l’épuisement d’une société mise en pièces par près de quarante ans de crise et la défiance légitime qu’elle nourrit pour une classe politique incapable de la raccommoder. Mais le brouillard s’épaissit d’un fait inédit et peu souligné : Nicolas Sarkozy est le premier président de la Vème République qui soit candidat éventuel à sa réélection après un quinquennat, et non au terme d’un septennat, comme ce fut le cas, soldé par trois succès sur quatre, pour de Gaulle, Giscard d’Estaing, Mitterrand et Chirac. En soi, le raccourcissement du mandat suprême ne complique pas nécessairement le doublé. La durée de cinq ans était même censée le faciliter, en réduisant le risque de lassitude. Concernant Nicolas Sarkozy, on pouvait parier que le quinquennat serait le format idéal pour un président qui avait engagé la mise en œuvre de son programme au rythme auquel il conduit sa vie et sa carrière : en accéléré. Mais la crise financière, économique et peut-être sociale, survenue au tiers du parcours, change la donne en profondeur. Son effet immédiat est d’avoir stoppé l’élan sarkozien, autant dans le tempo de son action que dans la fermeté de son inspiration idéologique. L’hyper-président a bien été obligé d’en rabattre, évoquant même la nécessité d’une pause dans les réformes à la veille du scrutin régional : sésame du succès en 2007, le mot "réforme" est désormais le boulet qui freine la course vers 2012. Et la crise la plus grave du capitalisme depuis quatre-vingts ans, provoquée par les délires des marchés financiers, a converti le libéral trempé en un interventionniste et un régulateur de circonstance. Au risque de la caricature, mais à peine, le procureur du chiraquisme est devenu la copie forcée de son mentor par lui répudié. Quelles qu’en soient la cause et les conséquences, les reniements en cours de mandat sont une figure classique. Mitterrand en 1983, avec le tournant de la rigueur annonçant la victoire de la droite en 1986, et Chirac en 1997, avec la dissolution ratée, ont eu, eux aussi, les ailes coupées. Mais dans les deux cas, le septennat leur avait donné le temps de se refaire. Plus exactement, cohabitations aidant, à leurs adversaires celui de se défaire. Nicolas Sarkozy n’aura pas le droit à ce délai de grâce. Le septennat était un fusil à trois coups. Le quinquennat, à deux coups seulement ! Le Président le sait, qui retarde le plus possible le lancement de la campagne pour sa réélection. A droite ou au centre ? Libéral ou interventionniste ? Réformateur ou protecteur ? Depuis un an, il flotte, il hésite. Mais l’horloge tourne et il ne pourra pas tergiverser indéfiniment. D’autant que le capital temps n’est pas le seul à manquer à Nicolas Sarkozy. Un troisième facteur se combine à la crise et au quinquennat pour compliquer l’équation d’un second mandat : son comportement et un rapport personnel au pouvoir qui entament son capital crédit, y compris dans son propre camp. Comme si les qualités du candidat en 2007 étaient brouillées par les défauts du président, la confusion a obscurci la vision, la nervosité émoussé l’énergie, l’imprécation assourdi l’enthousiasme, le touche-à-tout altéré la créativité. En 2012, Nicolas Sarkozy ne pourra se contenter de redevenir le candidat inspiré qu’il était cinq ans plus tôt. Il devra se présenter aux Français avec un bilan. |
|
|
Copyright © 2003-2012, ILISSOS.
|
||