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Fragilités financières

Une interview de Alain COLLOT


Alain Collot a été Trésorier Payeur Général de plusieurs départements et régions

La lettre n° 69 - octobre 2009, p.

ILISSOS : Comment se pose selon vous le problème des finances locales ?
Alain Collot : Les finances locales sont handicapées par la taille trop petite des communes. Pour satisfaire leurs besoins sans endettement excessif, les communes doivent impérativement se regrouper et mettre leurs moyens en commun. Mais les regroupements sont politiquement difficiles, pour des raisons qui tiennent à l’histoire locale.

Quel jugement portez-vous sur la gestion des collectivités locales ?
Si la malhonnêteté est rare, la mauvaise gestion, elle, est plus fréquente : les élus apportent souvent des réponses surdimensionnées et donc coûteuses aux besoins exprimés. Pour limiter ce risque, le ministère des finances a constitué dans chaque région une charge de spécialistes pour examiner l’équilibre financier des projets tant de l'Etat que des collectivités.

Que pensez-vous de la situation financière des départements ?
Elle est diverse mais, dans l’ensemble, fragile. Les départements assument d’importantes dépenses sociales qu’ils peinent à maîtriser et à financer par manque de ressources. En outre, depuis la décentralisation, les départements ont fortement accru leur train de vie : augmentation des recrutements et des dépenses de personnel, frais généraux excessifs (logements de fonction, voitures, voyages…). Mais le plus coûteux reste, comme pour les communes, le lancement de projets peu utiles ou mal conçus. On ignore également ce qui se passe dans les établissements annexes, peu contrôlés en raison de leur nombre. Les secteurs de l’aménagement et de l’immobilier comportent à cet égard un risque majeur.
Faut-il davantage spécialiser la compétence des départements et des régions et quelles réformes vous paraissent-elles prioritaires ??
Très certainement, car la confusion des responsabilités favorise la mauvaise gestion. La spécialisation des compétences permettrait de limiter les financements croisés, facteur de complexité et d’irresponsabilité.
La réduction du nombre de collectivités est une priorité. L’intercommunalité est indispensable dans de nombreux domaines comme l’eau, l’assainissement, l’enlèvement des ordures ménagères ou l’environnement. Elle permet de rationaliser les investissements et leur exploitation. Encore faut-il supprimer parallèlement les moyens que les communes leur affectaient. Ce qui est loin d’être le cas.
En second lieu, il convient de réserver certaines compétences à la région: la définition des politiques, la réalisation des investissements lourds, la gestion des emprunts. En matière de recettes, enfin, la fiscalité doit procurer une ressource dynamique aux collectivités tout en incitant à la création d’activités et non à leur délocalisation. Une plus grande égalité entre les collectivités devrait être également recherchée par des mécanismes de redistribution.

Quel bilan tirez-vous de la décentralisation sur le plan financier ?
La décentralisation a un coût. Pour améliorer son efficience et asseoir la solidité des finances locales, un certain degré de centralisation doit être conservé au sein de l’organisation décentralisée. Le renforcement des régions et l’intercommunalité sont le moyen d’y parvenir.

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