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Allemagne-France, Perspectives divergentes

Laurent VERNEUIL

La lettre n° 69 - octobre 2009, p.

Si la nouvelle configuration politique qui résulte des élections allemandes du 27 septembre semble se rapprocher de la nôtre, des perspectives de divergences se dessinent entre les politiques des deux pays et pourraient imposer à la France des contraintes difficiles, mais salutaires.

Le SPD a perdu les élections. La CDU ne les a pas gagnées. Les Libéraux retrouvent une forte position d’inspiration dans le gouvernement. Madame Merkel est confortée comme super-chancelière. Des inflexions politiques sont donc prévisibles à Berlin.

Le compromis social-démocrate  de la dernière coalition se mariait sans difficulté avec la " Social Warkwirtschaft " historique des  chrétiens démocrates. Cette ère va sans doute se terminer, dès que la sortie de crise le permettra. Sous l’influence des Libéraux, mais aussi des nouveaux équilibres internes de la CDU, les critères de marché deviendront rapidement la référence de la politique économique et, avec eux le souci de l’équilibre des finances publiques. La Chancelière a, au demeurant, déjà fait inscrire dans la constitution le plafonnement de la dette publique à 35% du PIB pour un terme relativement proche. Compte tenu de la solidarité qu’impose l’euro, le traditionnel laxisme français en la matière risque de devoir être révisé. Si douloureux que cela puisse être, ce n’est pas, a priori, une mauvaise nouvelle pour nos intérêts bien compris.
En Europe, nos partenaires allemands n’auront plus de raison, comme naguère, de soutenir nos demandes d’exception au Pacte de stabilité. Plus généralement, l’autonomie de la politique étrangère allemande pourrait s’affirmer, dans la ligne de la dernière présidence européenne de l’Allemagne. Divers indices montrent que Madame Merkel peut être tentée de suivre l’exemple  des chanceliers qui se sont fortement impliqués dans les affaires internationales comme Willy Brandt et Helmut Kohl. Le nouveau poids politique et économique de notre voisin fait aussi que sa politique étrangère ne sera plus un objet de compromis comme dans la coalition précédente. Berlin a également moins de raisons de se sentir subordonné à L’Europe après que la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe ait récemment affirmé la prééminence du droit national allemand sur le droit européen dans une décision qui est sans doute plus qu’une simple péripétie juridique.  

Autant de domaines qui exigeront de nouveaux efforts mutuels de compréhension et d’harmonisation entre les deux riverains du Rhin. La  France va devoir admettre qu’entre l’Allemagne et elle, le partenaire le plus égal des deux n’est plus forcément le même. L’entente entre les deux pays n’en sera pas obligatoirement compromise, mais elle aura indéniablement besoin de tous les acquis du délicat apprentissage de coopération lancé il y a quarante ans par le Chancelier Adenauer et le Général de Gaulle. A beaucoup d’égards, c’est un nouveau cours européen qui commence. 

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