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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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Simple soubresaut d'une grande transitionLa lettre n° 65 - avril 2009, p. Dans un livre prophétique paru en 1996, "L’inégalité du monde", l’économiste Pierre-Noël Giraud annonçait la suite.1) Les pays à bas salaires et à compétence technologique (PBSCT), à savoir essentiellement la Chine et l’Inde, allaient progressivement bénéficier de transferts massifs des industries et services aux entreprises, en provenance des pays développés (Occident et Japon). En effet, les capitaux et les technologies étaient mobiles, tandis que les immenses réserves de main-d’œuvre rurale des PBSCT (2 milliards d’habitants) y garantissaient un bas niveau de salaire pour plusieurs décennies. 2) Pendant ce temps, les populations actives du monde entier devaient se polariser entre deux catégories : d’un côté les actifs exposés (à la concurrence) et de l’autre les manipulateurs de symboles qui maîtrisent capital et technologie. Ces deux catégories s’uniformisent : les salaires des actifs exposés ont tendance à s’aligner sur le bas niveau des salaires des PBSCT (lesquels sont collés à un niveau minimum en raison de l’exode rural), alors que partout, les revenus des dirigeants, cadres supérieurs, entrepreneurs qui mettent en œuvre les transferts de production s’élèvent sans contrainte dans l’espace libre de la mondialisation. 3) Au total, dans chaque pays, les inégalités s’accroissent. Mais parallèlement les niveaux de vie moyens de tous les pays ont tendance à se rapprocher. Il s’agit donc d’une " grande transition économique " qui, comme la transition démographique bien connue, se déroule sur une bonne trentaine d’années. L’égalisation des niveaux de vie moyens entre les pays développés et les PBSCT ne se fera que lorsque les réservoirs de main d’œuvre de ces derniers se seront épuisés, c’est-à-dire dans au moins vingt ans. Alors, et alors seulement, les mécanismes habituels de redistribution pourront, dans un espace économique mondial unifié, se mettre à nouveau à réduire les inégalités de revenus... Dans la décennie écoulée, comme les transferts allaient visiblement plus vite que la croissance mondiale, les pays développés auraient déjà dû connaître une baisse du pouvoir d’achat moyen, ou du moins une stagnation. Mais certains, aux USA, ont eu une autre idée, consistant carrément à nier ces évolutions économiques profondes. En s’appuyant sur la puissance de la finance et de l’armée américaines, il s’agissait de mettre la main sur les réserves mondiales de pétrole, et de poursuivre en Occident une croissance artificielle fondée sur l’endettement, et financée par les achats de bons du Trésor américains par la Chine et les Etats du Golfe. Or cette politique initiée par Ronald Reagan a connu un double échec. L’exportation par les armes du modèle démocratique occidental s’est cassée sur l’Afghanistan et l’Irak. Et le financement des déficits américains par la dette a pris fin dans le désastre de plusieurs escroqueries pyramidales. Les facéties de Madoff, des prêteurs de " subprime ", des noteurs de produits dérivés, des dirigeants de Fanny Mae, Freddy Mac et autres AIG n’auront servi qu’à une chose : prolonger l’illusion de quelques années. La chute n’en est que plus dure, et la potion plus amère. La population dans son ensemble a du mal à l’avaler. |
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