|
N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
|
|
|
|
Liberté d'entreprendre, un signe encore à venirLa lettre n° 2 - septembre 2002, p. Il n’y a pas de richesse économique sans entreprises multiples et dynamiques, mais les Français manifestent un curieux désamour de l’entreprise.L’entreprise, et plus encore l’entrepreneur, semblent avoir remplacé l’ancienne noblesse dans le rôle de bouc émissaire des malheurs du peuple. Ainsi a perduré en France l’idée de deux blocs dont les noms ont varié, mais non l’antagonisme: "exploitants et exploités", "peuple de gauche et peuple de droite" et même "France d’en haut et France d’en bas" aujourd’hui. Si l'entreprise a mauvaise presse, c'est un paradoxe puisque rien n’exprime mieux la liberté individuelle que l’initiative entrepreneuriale. A titre individuel, les Français ne manquent d’ailleurs pas de souscrire à cette liberté par leur goût pour la propriété ou pour le travail au noir, équivalent occulte de multiples mini-entreprises. Il est vrai que la confusion caractérise la plupart des discours sur l’entreprise. Celle-ci ne semble pouvoir être imaginée que "grande", "anonyme" et de préférence "apatride", comme si une très large part de la richesse et des emplois n’était pas le fait d’entreprises petites et moyennes, d’artisans et de commerçants, bref d’entreprises humaines. La plupart des hommes politiques feignent d'accorder, contre l’entreprise, la "priorité à l’emploi", comme si le travail ne dépendait pas entièrement de la première. En tant que productrice de richesse, l’entreprise, pour toute une frange de l’opinion, semble même parfois moins légitime que l’Etat. On aurait pu imaginer que le coup de semonce électoral d’avril 2002 conduirait à rompre cette tradition. Les propos et les actes du nouveau gouvernement ne permettent pas encore de le penser .Dans son discours devant l’Assemblée Nationale en juillet, le Premier ministre n’a évoqué que très brièvement l’entreprise, sous forme d’incidente, pour affirmer son pragmatisme, souhaiter l’innovation et afficher un objectif de création de 200 000 nouvelles entreprises par an (alors que le chiffre de 270 000 a été atteint en 1999). Le projet de budget de l’Etat pour 2003 ne fait référence aux entreprises que pour achever la réforme de la taxe professionnelle, mais aussi pour suspendre le plan de réduction de l’impôt sur les sociétés, stabilisé à 34,41% au lieu des 33,33% prévus par le gouvernement précédent et loin de l’objectif des 30% affichés par le Président de la République dans sa campagne. Si l’assouplissement de la loi des 35 heures est réel, notamment pour les petites entreprises, on n’abandonne pas la complexité du dispositif ultraréglementaire qui plaît manifestement aux syndicats, alors qu'il semble bien avoir été sanctionné par un grand nombre de salariés électeurs. L’annonce d’un "Grenelle" des simplifications administratives est méritoire, tout comme l’intention de limiter les charges. Le Premier Ministre ne fait cependant là qu’imiter ses prédécesseurs dont on connaît le succès en la matière. L’efficacité politique commande une certaine prudence diront les "sages". Mais trop de prudence brouille la vérité nécessaire du discours aux citoyens et interdit tout élan mobilisateur. Le rôle de la politique est de choisir et de montrer la voie. On pourrait imaginer un autre discours: "Les entreprises doivent se montrer confiantes, performantes et rentables pour pouvoir créer des richesses, maintenir et créer des emplois et soutenir une puissance économique durable" . Ces propos marquent un nouveau cours, sauf qu’ils ont été tenus par Tony Blair, Premier Ministre britannique. On pourrait imaginer un même signe en France. Il est encore à venir. Henri Pigeat Septembre 2002 |
|
|
Copyright © 2003-2012, ILISSOS.
|
||