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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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La quintessence d'un problème politiqueLa lettre n° 8 - avril 2003, p. UN écho de presse a fait état d’une prochaine campagne de publicité du gouvernement sur la réforme des retraites. L’idée peut laisser perplexe. Excellent moyen de séduction et de création de besoins, la publicité est un outil efficace pour vendre un produit ou conforter une image. Il n’est pas sûr que le problème posé s’apparente par sa nature à une potion magique dont les vertus devraient être vantées. Le problème des retraites a une apparence financière. C’est l’aspect le plus visible, mais non le principal. Plusieurs rapports d’études l’ont au demeurant clarifié en rassemblant des données désormais incontestées et en explorant des solutions tout à fait réalisables. Le problème a aussi un caractère social. Le niveau de vie des retraités et les conditions de leur départ sont certes à prendre en compte, mais ces éléments sont une conséquence et non une cause. Les syndicats ne peuvent ainsi être des interlocuteurs suffisants. Leur rôle est de défendre des intérêts catégoriels, mais leur légitimité est discutable pour régler un problème de société. La vérité est que les retraites constituent d’abord un problème politique, un des plus fondamentaux, celui de l’organisation de la vie individuelle et de la solidarité. Il va très au delà de la «convergence» des secteurs privé et public. Il touche aux principes mêmes de la vie collective et intéresse chaque individu. Les conditions de l’existence ont à l’évidence changé depuis la fin du XIX° siècle lorsque les premières pensions de retraite ont été organisées pour que l’individu, épuisé par une vie de travail, puisse vivre décemment ses ultimes années. Les modes de travail, le niveau de santé et l’allongement de la vie humaine font que la retraite est aujourd’hui souvent assez longue. Elle n’est heureusement plus une survie éphémère, mais une large part de la vie, attendue et choisie par des individus qui ne se considèrent pas comme des assistés, comme des citoyens à part entière. Comme les précédents essais manqués l’ont démontré, la réforme des retraites ne peut pas relever de mesures ponctuelles ou sectorielles. Une solution durable appelle des choix politiques clairs prenant en compte la totalité de la vie, c’est-à-dire les trois grandes périodes de formation, de travail et de retraite. Par sa nature, une réforme des retraites n’est possible qu’avec la compréhension de tous. L’adhésion des citoyens ne peut être obtenue que par un débat général qui mettra en lumière tous les aspects du problème et clarifiera les priorités. S’y refuser serait un déni de démocratie, en considérant que l’intérêt général ne peut plus prévaloir sur les intérêts particuliers. Ce serait aussi une chance perdue car chacun n’acceptera les quelques sacrifices nécessaires, que s’il a la preuve que les autres font de même. Un débat public est également le moyen de démythifier certains faux problèmes tels que la répartition, la capitalisation ou la rupture sacré que représenterait le soixantième anniversaire. Une telle procédure est sans doute enfin la meilleure chance pour rétablir la liberté élémentaire de chaque citoyen dans le choix de l’âge du départ, dans celui des formes de financement et dans celui d’une éventuelle activité parallèlement à la pension. Après dix ans de tergiversation et alors que tous les pays européens ont largement engagé la réforme, la France ne peut plus refuser de franchir le Rubicon. Sans vouloir ici apprécier la clairvoyance et le courage des gouvernants qui se sont succédés, on peut constater que le nombre de rapports d’étude sur le sujet est désormais suffisant. Le Conseil d’Orientation des Retraites a opportunément ouvert et élargi le débat. La majorité actuellement au pouvoir est assez nombreuse pour qu’un débat clair et complet soit enfin organisé au Parlement et relayé dans tout le pays par des élus dont la responsabilité ne doit pas seulement être de refléter l’opinion, mais aussi de montrer la voie. Henri Pigeat |
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