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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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Réconcilier économie et écologieLa lettre n° 59 - juillet aout 2008, p. Salué à l’automne comme un succès, le "Grenelle de l’environnement" s’enlise dans les deux marais habituels de la décision publique : la bureaucratie administrative et la disette budgétaire. Mais cette grand-messe aura eu au moins un mérite : faire progresser en France la prise de conscience que l’écologie et l’économie ne sont pas les deux sœurs ennemies de la croissance.Il est encore trop tôt pour dire si l’année 2007 aura engagé la France dans l’ère du développement durable, comme l’avait promis Nicolas Sarkozy durant sa campagne. L’alignement atlantiste du Président est heureusement relatif : il se situe loin de George W. Bush, indécrottable opposant au protocole de Kyoto, mais proche d’Al Gore, venu bénir son "Grenelle" ; à moins que ce ne soit d’Arnold Schwarzenegger, le pourtant très libéral gouverneur de Californie, qui vient d’instaurer un dispositif de droits à polluer hyper-contraignant. La rupture sarkozienne avec le chiraquisme reste à prouver : son prédécesseur à L’Elysée avait fait avant lui de l’autre Nicolas (Hulot) son ami. Mais la filiation la plus prometteuse est avec un troisième Nicolas, Nicholas Stern, l’ancien conseiller de Tony Blair qui, l’an dernier, calculette en main, a fait sensation en démontrant que les seules chances de sauver la croissance mondiale résident dans une gestion économe des ressources naturelles et non dans le pillage qui vaut modèle de développement depuis des lustres. Cette réconciliation de l’écologie et de l’économie s’appuie sur la théorie des " déséconomies externes " jadis utilisée pour coincer les étudiants à leurs examens mais sans grande application pratique. Elle invite à faire rentrer sous l’empire du marché et du calcul économique, à leur vrai coût (actualisé), tous les prélèvements opérés sur les réserves naturelles. Pour les produits énergétiques, matières premières industrielles et alimentaires qui avaient déjà un prix, il s’agit d’accepter un relèvement substantiel de ce dernier, de manière à prendre aussi en compte la " destruction de valeur " que représente leur tarissement prématuré. Pour les biens jusqu’alors " gratuits ", comme l’air ou l’eau, il s’agit de faire payer leur destruction par les activités polluantes (industrie, habitations, transports), en application du principe " pollueur-payeur ", promis à un grand avenir. De cette révolution des prix et des valeurs son attendus des modes de production et de consommation qui privilégient la protection de l’environnement sur son saccage. De l’instauration de ces nouveaux processus de production est espéré un nouveau cycle d’innovations technologiques de nature à soutenir la croissance et à compenser les effets récessifs, dans un premier temps, d’une consommation moins débridée. Avant que le marché ne devienne la courroie de transmission naturelle de cet engrenage vertueux (comme c’est déjà le cas, même involontaire, avec l’envolée du prix du pétrole), la puissance publique a un rôle capital à jouer, en actionnant les deux leviers en sa possession : la fiscalité et la réglementation. Ne serait-ce qu’en ayant fait admettre ce changement de paradigme aux différents acteurs économiques, le " Grenelle " est un succès. Mais il lui faudra surmonter deux obstacles autrement redoutables : le passage à l’acte, au risque de l’impopularité ; et l’illusion d’apporter des réponses nationales ou même européennes à un défi par nature planétaire. |
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