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N° 61 7ème année - octobre 2008 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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Les bons critères de la réformeUne interview de Philipppe Manière La lettre n° 57 - avril 2008, p. Sous l’impulsion de son directeur général, Philippe Manière, l’Institut Montaigne est l’une des instances les plus fécondes pour nourrir la réflexion et les débats sur les politiques publiques et les réformes dont elles font - ou devraient faire - l’objet en France et à l’étranger.Ilissos. A quel critère reconnaîtriez-vous que la France est engagée dans une vraie réforme, comme en ont conduit la plupart de ses voisins ? Philippe Manière. Le rendez-vous, c’est la loi de finances pour 2009. Sonnera-t-elle, ou non, le coup d’envoi d’une baisse significative des dépenses publiques ? Ce serait pour moi le signal-clef que l’on cesse de tergiverser. La France est le seul pays au monde qui est constamment en déficit budgétaire depuis trente ans. Cette étrangeté repose sur une idée solidement ancrée : le déficit servirait la croissance. Mais alors pourquoi la France est-elle constamment à la traîne des pays comparables ? Le déficit est une mauvaise lecture de la manière d’atteindre l’optimum économique en termes de confort collectif et de justice sociale. Sans quoi nous aurions le meilleur système éducatif du monde, la recherche la plus dynamique et la pauvreté serait marginale. Quels enseignements tirez-vous de l’analyse des réformes des politiques publiques à l’étranger ? Toutes les réformes réussies reposent sur deux principes. D’abord, la rapidité. La remise à plat du droit du travail espagnol a été préparée en un an. Le Portugal a coupé de 6 % dans ses effectifs publics en trois ans. La fiscalité suédoise, tout un symbole ! a été réformée en moins de deux ans. Ensuite, la radicalité. Le Canada a licencié 20 % des agents de l’Etat en leur offrant un pécule de 16 000 euros chacun. 85 % des fonctionnaires italiens sont désormais sous statut contractuel. Tony Blair a remplacé les trois quarts des directeurs d’école en situation d’échec. La Nouvelle-Zélande a tiré un trait sur la quasi-totalité de ses subventions agricoles. Tous ces exemples font litière de l’argument selon lequel la France, sous prétexte qu’elle partirait la dernière pour se réformer, devrait y aller moins fort. C’est le type même d’arguments qui, depuis 30 ans, servent de paravent à notre paresse intellectuelle et à notre peu de goût pour le changement. Y a-t-il une spécificité des relations sociales en France, autrement dit une propension plus marquée au conflit, qui compliquerait la réforme ? Dans tous les pays, les réformes ne sont passées qu’avec des dirigeants capables d’assumer ce risque. On cite toujours l’exemple des mineurs britanniques sous l’ère Thatcher. Mais Berlusconi, qui n’est pas nécessairement mon modèle, a supporté sans céder 1,5 million de personnes dans la rue. Ce que l’on attend des dirigeants, ce sont des convictions fortes, facilement lisibles et durables. En entreprise cela s’appelle le management. Mais s’ils ont peur de leur ombre et cèdent à la première alerte, ils donnent un formidable encouragement à la résistance au changement. J’ajoute que répéter inlassablement à un pays qu’il est de moins en moins performant sans rien faire pour le changer a de quoi justifier la dépression collective dont les Français semblent frappés. La revue générale des politiques publiques engagée par Nicolas Sarkozy et le gouvernement vous apparaît-elle aller dans la bonne direction ? J’en attends beaucoup. C’est la première fois que l’on tente quelque chose d’aussi ambitieux dans notre pays. A condition que l’on avance bien sur deux pieds : l’optimisation des dépenses, mais aussi leur réduction globale. La RGPP doit donc refuser tous les tabous. Par exemple, l’Etat doit-il continuer d’investir directement dans le logement social ? Le fait que la France ait le deuxième réseau diplomatique au monde, après les Etats-Unis, assure-t-il à sa politique étrangère et à sa culture un rayonnement à due proportion – et ne serait-il pas plus efficace, et beaucoup moins coûteux, de tripler le nombre des lycées français à l’étranger ? Mais le tabou le plus robuste et le plus urgent à dépasser est l’avenir des 5,5 millions de fonctionnaires. La plupart sont malheureux, ils n’ont plus aucune idée de ce que l’on attend d’eux, pour la bonne raison que leur employeur, l’Etat, n’en pas la moindre idée non plus. Réforme des missions de l’Etat et réforme de sa fonction publique sont étroitement liées. |
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