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DECEMBRE 2008
ECONOMIE DURABLE


Pub télé, France 3 la vraie question

Jean-Charles PARACUELLOS

La lettre n° 57 - avril 2008, p.

De la présence de la publicité sur les chaînes publiques jusqu’à ce jour il découlait :
– un taux de redevance faible,
– un complément indispensable au financement des missions multiples assignées à l’audiovisuel public ; parmi les plus coûteuses, celles de pallier la non viabilité des télévisions locales en France et d’entretenir dans les régions des centres de production peu compétitifs,
– un peu de concurrence sur un marché publicitaire dominé par le duopole TF1/M6 (77% des recettes).

Son inconvénient supposé, "tirer les programmes vers le bas", n’a en revanche jamais été clairement démontré. Si la seule contrepartie visée de la suppression annoncée était l’amélioration de la qualité, toutes choses restant égales par ailleurs, on s’exposerait certainement à des désillusions, outre de grandes difficultés de mise en œuvre.

Cette mesure peut, en revanche, être le facteur déclenchant de réformes bénéfiques si l’on a le courage de procéder à cette occasion à la redéfinition des missions de la télévision publique, que l’évolution du paysage audiovisuel induite par le lancement de la TNT impose en tout état de cause.

Il faut noter tout d’abord que l’ouverture du marché de la publicité télévisée à de nouveaux acteurs, qui en résulte, fait disparaître une des justifications de l’état de fait antérieur et plaide pour que soit rendu au secteur concurrentiel des ressources dont il a maintenant besoin pour se développer.

Un autre réalité devrait attirer l’attention de ceux qui sont chargés de mettre en œuvre la mesure : en divisant par dix les coûts fixes de diffusion, la TNT va enfin rendre viables, au moins dans les zones les plus peuplées, de véritables stations locales, là où France 3, handicapée par une structure lourde et centralisée, n’a pas su donner vie au concept de proximité.

Il ne faut pas attendre que puisse être tourné en dérision le slogan "de près on se comprend mieux" pour adapter les missions de la chaîne à la situation qui est en train de se créer. France 3 consomme aujourd’hui 45% de la redevance allouée en métropole aux 5 chaînes publiques de télévision (France 2, 3, 4, 5 et Arte). Cela ne se justifiera plus dans quelques années si rien n’est fait. Pouvant difficilement rivaliser avec les nouvelles venues sur le terrain local et organisée selon le découpage administratif des Régions, France 3 peut envisager de se positionner comme infrastructure de support au maillage plus fin qui va se constituer, mais cela exigerait de sa part une mutation profonde, dans la conception de son rôle et dans ses méthodes de production. Elle peut aussi différencier sa présence sur le terrain en fonction des situations locales, comme l’a fait Radio France.

Au plan national, la disparition de la publicité peut donner à France Télévision une plus grande liberté de programmation sur ses quatre réseaux, France 2 jouant pleinement son rôle de première chaîne publique.

Le problème à résoudre n’est pas de compenser à l’euro près une ressource par une autre, à grand renfort de nouvelles taxes, mais d’abord de fixer à la télévision publique des missions à la mesure de ses capacités et des besoins réels. La qualité des programmes viendra de surcroît.


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