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MONDIALISATION ET SOCIETE FRANCAISE

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gauche-droite et vice versa

Jean-Marc DANIEL

La lettre n° 47 - mars 2007, p.

Tout le monde se souvient que la coutume de désigner les appartenances politiques par les mots gauche/droite vient du positionnement relatif dans l’Assemblée de 1789 des partisans et des adversaires de l’Ancien régime. En Grande-Bretagne, au parlement, un côté est systématiquement occupé par l’opposition et l’autre par la majorité, quelle que soit la couleur politique de chacune. Cette différence de traitement des partis politiques correspond non seulement au résultat des hasards de l’histoire mais également à une approche différente du rôle des partis politiques.

Pour la démocratie anglaise, un parti est une équipe qui se prépare à l’exercice du pouvoir et qui détermine de façon pragmatique son programme, en fonction de la situation du moment, de l’héritage laissé par ses prédécesseurs lorsqu’elle accède au gouvernement et de principes généraux plus ou moins affirmés. A y regarder de près les principes en question se résument souvent dans la célèbre formule "Right or wrong, my country ", formule qui traduit un attachement au pays plus qu’à une idéologie. La vie politique anglaise se nourrit de renouvellement des leaders et d’adaptation progressive des programmes et des pratiques aux réalités du temps. Les conservateurs des années 60 furent tout aussi keynésiens que les travaillistes d’Harold Wilson. Les travaillistes des années 2000 sont tout aussi libéraux que les conservateurs de Margaret Thatcher.

En France, en revanche, un parti politique est un rassemblement au service quasi-messianique d’une idée. Il se réfère sans cesse à un corps de doctrine structuré qui lui permet de se dire de gauche ou de droite. Et lorsqu’il arrive au pouvoir, sa gestion est toujours une permanente tension entre la politique appliquée imposée par la réalité et le corps de doctrine. La droite qui se dit libérale ne s’attaque que rarement aux corporatismes et aux rentes. La gauche qui veut changer la vie passe son temps à expliquer pourquoi, selon le distinguo subtil de Léon Blum, une fois au gouvernement, elle exerce le pouvoir sans vraiment le conquérir. La règle admise selon laquelle la vie politique française doit être organisée autour de positions tranchées sur l’organisation sociale masque un flou idéologique permanent. Car les partis et les détenteurs d’idéologies, sauf à s’engager dans un contrôle totalitaire de la société et transformer leur passage au pouvoir en un passage dans un lit de Procuste, n’ont pas la possibilité de tout régenter. Leur action est par nécessité pragmatique et évolutive.

L’idéologie qu’ils affichent devient alors avant tout un moyen de recruter. Les partis politiques français font venir à eux électeurs et militants sur la base de discours sans concession et prédéterminés par la coutume. Ils les gardent ensuite malgré leur inévitable trahison par l’inertie du patriotisme partisan. On devient de droite par amour de la liberté et on le reste par haine de l’Etat et de ses impôts. On devient de gauche par amour de l’égalité et on le reste par haine des riches. Cela conduit à un débat politique qui n’a plus guère de sens concret. Perte de sens qui est une des constantes de la politique française. De même que Guy Mollet pouvait déclarer il y a cinquante ans que le parti communiste, n’était pas, malgré son marxisme affirmé, à gauche mais à l’Est, on peut dire aujourd’hui que les alter-mondialistes et leur protectionnisme désuet sont moins à gauche qu’au Sud …

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