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MONDIALISATION ET SOCIETE FRANCAISE

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La création de l'information

Alain MAGNIER

La lettre n° 46 - février 2007, p.

LE marketing politique utilise des modèles éprouvés mais n’est pourtant pas une science exacte. Les  opinions se feraient par les médias alors que le souci  essentiel des médias est d’être en phase avec ce qu’ils pensent être l’opinion.

Premiers outils des médias, les sondages  prétendument baromètres objectifs de l’opinion, sont ambigus car ils sont aussi bien créateurs qu’indicateurs d’opinion. Obtenir par quelques “bonnes questions” le sentiment que l’insécurité est un problème majeur ou “en croissance” conduira naturellement à une poussée de cette crainte dans le sondage suivant. Tout simplement parce que les sondés  ne veulent pas se sentir trop décalés vis-à-vis de la pensée générale et que le battage fait sur un résultat influe logiquement sur le suivant. De la même manière, certains hommes politiques ont démarré leur carrière en réussissant à se faire citer parmi les noms porteurs d’avenir. Il suffit pour cela de commanditer un sondage ou quelques sondages, avec son nom proposé dans une liste, pour que le petit pourcentage initial devienne notoriété. Le budget reste raisonnable et n’est pas comptabilisé dans les budgets de campagne. Intrigués et soucieux de ne pas passer à côté d’une nouveauté sur la scène politique, les journalistes interviewent et font des articles sur ces personnages. S’il y a un peu de répondant, la phase de popularisation initiale est réussie. En contrepartie, les échecs  ne sont pas graves pour les médias qui passeront facilement  à d’autres visages.

Toutefois la leçon des véritables échecs des prévisions pour les présidentielles de 2002 et plus encore pour le référendum sur la constitution européenne, incite peut-être à la prudence et en tous cas à une “honnêteté scientifique vulgarisée”. En effet, la loi impose que les caractéristiques techniques des sondages soient annoncées. Il est annoncé les mille personnes “représentatives” qui suffiraient pour connaître assez précisément les intentions de vote. Cette “rigueur scientifique” est partielle. Peu de nos concitoyens savent que la théorie de l’échantillonnage  donne une marge d’erreur d’autant plus grande que le pourcentage est plus petit. Pour être simple, la théorie de l’échantillonnage dit, à peu près, que pour qu’un sondage d’opinion  soit crédible à 95 %, en interrogeant 1000 personnes, choisies au hasard, on doive admettre un peu plus de 3% d’erreur sur des questions binaires, proches de 50%. Il n’est alors pas difficile de comprendre  que 3% d’erreur sur un candidat cité à 5% devient une approximation très vague. Ce n’est pas mensonger en soi, mais l’interprétation, lorsque ce candidat passe de 4 à 6% ou de 6 à 4%, devient une science occulte et facilement manipulable. Pourtant l’effet public n’est pas négligeable. Un candidat annoncé à 3% puis 5% puis 7% paraît connaître une dynamique de notoriété, alors qu’il reste simplement dans les marges d’erreur normales plus ou moins ajustées.  

Alors que le journalisme à la française se caractérisait par des synthèses et des analyses, il est depuis quelques années remplacé par le petit bout de la lorgnette, procédé hérité  des journaux populaires anglosaxons.  Le ponctuel est érigé en règle générale. Son processus utilise deux démarches . La sélection dans les faits-divers d’une information spectaculaire puis sa surmédiatisation afin de créer un climat. On a tous en mémoire le vieil homme frappé à son domicile  pour justifier l’importance des thèses sécuritaires en 2002. Plus douteux encore, le micro-trottoir qui recueille des témoignages “populaires”, sans aucune exigence de compétence, sélectionne les réponses convenables et en constitue une prétendue opinion publique.

Enfin, le recours aux vedettes du showbiz comme “pièges à opinion” est un exercice devenu nécessaire. Il faut se rattacher à un moteur médiatique, sans se soucier d’ailleurs de ses compétences ni de ses connaissances politiques ou techniques. Le sympathique Nicolas Hulot pèse plus que toutes les thèses   scientifiques et affirmer soutenir sa ”charte” suffit à faire croire au peuple que le réchauffement de la planète est en voie d’être réglé par les présidentiables.

Le jeu de l’information démocratique est parfaitement faussé. Le public n’est pas dupe mais comme il n’y a jamais de bilan réel  permettant de se faire une opinion, l’opinion publique se construit sur des schémas simples, voire simplistes et, au bout du compte, de plus en plus populistes. Je crains pour l’avenir, donc je choisis soit par tradition, soit en fonction de critères affectifs court-terme : ce candidat m’inspire ou pas confiance (sur quels critères autres que les images construites à partir des médias? ). En conséquence, le public vote contre ce qu’il craint le plus, sa crainte étant alimentée par des “plans de communication”.

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