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septembre 2011
MONDIALISATION ET SOCIETE FRANCAISE

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Gestion publique, gestion privé

Jean-Marc DANIEL

La lettre n° 42 - septembre 2006, p.

Dans sa leçon inaugurale d’économie au collège de France , Roger Guesnerie dénonçait les deux travers qui menacent la réflexion économique. Le premier est de croire que le marché est imparfait et que l’Etat est là pour en corriger les erreurs. Le second est d’affirmer que l’Etat est impotent et qu’il doit se gérer comme une entreprise privée.

 La Libération avait imposé l’idée de l’Etat régulateur omniprésent et omniscient. Cette  idée a été emportée par l’échec des politiques économiques keynésiennes qui n’ont réussi in fine qu’à déstabiliser les systèmes monétaires et répandre l’inflation. Le vent d’Angleterre est en train d’imposer le mythe du tout marché et le discours de l’application de l’efficacité du privé à l’Etat. Le tout-marché est contraire aux principes du libéralisme classique. Adam Smith fondait, au contraire, la liberté sur une organisation sociale où le marché permet à la créativité de s’exprimer et l’Etat à la sécurité de se concrétiser. Le libéralisme  n’est pas la défense de la généralisation de la loi de la jungle et de la domination des plus forts. Il est la promotion du rôle de l’Etat en tant que garantie de la sécurité, de la propriété et de la prévisibilité de l’environnement social. Le marché répond aux attentes de l’économie, l’Etat à celles du droit. L’Etat n’a pas à être géré comme une entreprise, car ce qu’il prétend faire et qui relève de la logique entrepreneuriale  doit être privatisé. En revanche, il existe un noyau dur de prérogatives qui relèvent de son action et ne peuvent  être évaluées que par les représentants élus de ceux qui en bénéficient : c’est ce principe qui fonde la démocratie. A l’oublier, on risque de faire des contresens : quand le ministre des finances veut recalculer la dette publique en appliquant les normes de la comptabilité privée américaine, il méconnaît son rôle. Quand des économistes qui se disent libéraux réclament la privatisation de la gestion de la monnaie, ils oublient les thèses de Hamilton, premier secrétaire au Trésor des Etats-Unis qui expliqua aux Pères fondateurs de la démocratie américaine que la banque centrale est un moyen essentiel pour éviter l’arbitraire financier et un dérèglement durable de la gestion de la monnaie devenue immatérielle. Et ils oublient l’expérience historique de ces mêmes Etats-Unis où la dite banque centrale supprimée par  Andrew Jackson dans les années 1830 dut être rétablie en 1913 pour éviter que les faillites bancaires à répétition ne spolient les pauvres.

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