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MONDIALISATION ET SOCIETE FRANCAISE

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Les difficultés d'une bonne pratique

Dr André CHASSORT

La lettre n° 6 - janvier-février 2003, p.

LA santé est un bien précieux au nom duquel on désire continuer de tout sacrifier, au sein du couple médecin–patient. Accès de tous aux soins, permanence des services 24 h sur 24, recours aux dernières technologies, aux derniers médicaments : rien n’est trop beau pour satisfaire la gloutonnerie de dépenses née de l’application de la médecine scientifique moderne à la prolongation de la vie.



L’irruption depuis 50 ans de l’assurance-maladie a perturbé le colloque singulier du couple. Sa présence est le gage de règles de solidarité auxquelles on tient, mais on attend d’elle qu’elle rembourse les frasques de l’individualisme. Le médecin ne doit-il pas tout faire pour hisser ses patients au plus haut degré de perfection des soins, quoi qu’il en coûte, au nom de la règle d’Hippocrate ? Rien ne semble devoir arrêter cette inflation de consommation , ni le médecin qui ne veut pas entendre parler de contrôle économique de son activité, ni le patient-usager qui consomme de la médecine comme un bien courant, ni même le politique qui a peur de perdre des voix en essayant de définir un cadre financier tolérable, voire un panier de soins remboursables. On se dope à l’optimisme en déclarant que le secteur santé soutiendra un jour l’activité économique par les plus-values qu’il dégage.

A cette frénésie du toujours plus, ne faudra-t-il pas substituer progressivement une éthique de responsabilité avant que le système n’explose, laissant les moins bien protégés sur le bord de la route ? Il est tout aussi éthique d’essayer de soigner le plus grand nombre au meilleur prix, que des individus isolés à n’importe quel prix. Cela s’appelle une politique de santé publique. Elle peut être démocratiquement décidée, avec un peu de courage.

Est-il normal de rembourser par la solidarité les soins consécutifs à une fracture liée à la pratique du ski, les séances de dialyse rénale à un diabétique qui a toujours refusé de suivre un régime, les aller-retour en ambulance à un gros fumeur cancéreux qui ne s’est jamais arrêté? Peut-on encore tarifer à 20 euros la consultation du praticien qui n’examine pas ses patients et celle de celui qui prend le temps de le faire ? Faut-il accorder le même statut au médecin qui tient ses dossiers et va régulièrement se former, et à celui qui ne consigne pas ses observations et n’assiste jamais à une formation?

Il n’y a pas deux poids, deux mesures. Si l’on continue à n’admettre aucune contrainte dans la relation médecin-patient au motif que la rencontre de deux libertés ne doit pas être entravée par des considérations économiques, on risque de tuer la poule aux œufs d’or par indigestion de liberté mal utilisée. Cela, très vite, creusera un fossé: d’un côté, les soins élémentaires des hôpitaux publics et les médicaments génériques autorisés par la couverture maladie universelle de base, et, de l’autre, réservés aux plus fortunés ou aux pistonnés, les soins «spécialisés» des cliniques privées, avec des remèdes étrangers sans autorisation de mise sur le marché.

La vraie liberté est celle qu’on fera durer, en la vivant avec intelligence. Il faut que le médecin offre au meilleur prix des soins de qualité, dans une démarche claire de contrôle des compétences, voire de re-certification, en étant rémunéré à hauteur de sa responsabilité. Il faut que le patient-usager considère le système en responsable et préfère la prévention à la consommation sans frein. Il faut que le politique définisse, à la fois, le panier de soins à rembourser au nom de la solidarité, et la part laissée au consommateur pour ses conduites à risque.

Il est aussi ardu de maintenir en forme le système de soins que le corps humain. Dans les deux cas, la santé - la survie - dépend de l’équilibre, quasi-cybernétique, entre les libertés de chacun des organes. S’il est atteint, la liberté maîtrisée devient une source d’énergie vitale formidable. Et l’on peut imaginer que la plus-value intellectuelle ainsi créée s’exportera, comme les avions ou la haute technologie.
Dr André Chassort
Club Paracelse

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