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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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La liberté au secours du progrès socialLa lettre n° 3 - octobre 2002, p. LA démocratie est désormais inséparable d’un système social qui garantit au citoyen un bien-être minimum. Tout, pourtant, semble annoncer la faillite inéluctable des systèmes sociaux progressivement mis en place en France depuis un demi-siècle. Assurance-maladie, retraites et assurance-chômage sont en faillite financière latente. La faillite administrative est illustrée par l’empilement d’une multitude de mesures hétéroclites de moins en moins intelligibles. La faillite humaine se traduit par la dépendance des individus, leurs frustrations et leurs découragements. La faillite sociale tient à une dislocation croissante de la société malgré d’énormes dépenses. Chaque candidat ne manque jamais de promettre le progrès social, même si une fois élu, il se contente généralement de traiter ponctuellement quelques sujets en fonction de la pression sociale du moment ou de l’intérêt électoral supposé. La formation professionnelle, la famille et la situation des personnes handicapées apparaissent par exemple dans le discours d’investiture de tout chef de gouvernement. Le débat social risque cependant de rester aussi vain et stérile tant que ne seront pas réouvertes trois questions de fond. Comment, d’abord, sortir d’une conception de la question sociale de plus en plus réductrice? L’approche administrative ne peut se traduire que par des procédures de plus en plus lourdes et par une redistribution de moins en moins efficace. L’Etat ou, à la rigueur, les collectivités locales, constituent-ils les seuls moteurs du progrès social? Comment en est-on venu à réduire progressivement la question sociale aux revenus du salarié, à son statut et aux relations du travail en oubliant que l’individu et sa famille sont également soucieux de se former, de progresser et de s’épanouir. La seconde question est celle du postulat de progrès. Contrairement au fameux automatisme de l’échelle sociale, nos enfants ne sont plus assurés d’avoir une situation meilleure que la nôtre. Au siècle des Lumières, l’idée de progrès est née d’abord des sciences qui permettaient de comprendre la nature, puis des techniques qui permettaient de la maîtriser, enfin de l’économie qui en était la résultante. Contrepartie légitime du progrès économique, le progrès social n’a été longtemps que le partage de ses fruits. Mais l’évolution du monde et les niveaux désormais atteints ne garantissent plus une progression linéaire. D’autres formes de progrès sont à réinventer. Sans doute moins faciles à définir sous forme d’argent en plus et d’heures de travail. Elles permettraient de réintégrer l’épanouissement et le bonheur individuels qui, incidemment, étaient aussi une idée des Lumières. La troisième question est, peut-être à la fois, plus philosophique et plus pratique. L’action sociale est, certes, l’aide de la communauté à la personne. Mais sauf à prendre comme idéal l’organisation de la fourmilière, l’action sociale ne peut négliger la liberté de l’individu. Le social est une condition nécessaire de la liberté mais à l’inverse, la liberté est détruite par certaines approches sociales. Dès lors, le seul moyen d’éviter la faillite du modèle social français n’est-il pas de le réinventer en remettant au centre la finalité de liberté? Le Royaume-Uni et d’autres pays ont ouvert le dossier, à gauche comme à droite. Des sociologues, notamment aux Etats-Unis, explorent ce problème. Robert Putnam, professeur à Harvard, tente ainsi d’approfondir la notion de "capital social", ensemble de valeurs informelles ou de normes partagées par les membres d’un groupe et qui permettent la coopération entre eux. Ces valeurs intègrent, bien entendu, la solidarité mais aussi la confiance et l’altruisme. Quant à l’élément de liberté, loin d’être un slogan vide, ne devrait-il pas caractériser tant la conception d’ensemble que chaque élément de la politique sociale, puisqu’il est le fondement même de la démocratie et sans doute l’ultime moyen d’éviter la faillite? Henri Pigeat |
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