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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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La Dette et l'Euro
henri Pigeat
La crise financière s’aggrave et l’explosion de l’euro n’est plus une hypothèse invraisemblable. Cette incertitude prolongée a cependant le mérite de conduire à certaines évidences et de rendre inévitables des décisions de fond sans lesquelles l’Europe ferait le choix du suicide. La crise n’est pas d’ordre technique mais bien politique. Elle résulte clairement du trop long refus de plusieurs Etats européens, dont le nôtre, de réviser des choix économiques et sociaux dont le coût et les effets sont devenus incompatibles avec un monde ouvert et concurrentiel. La prolongation de cette politique, au prix d’un appel déraisonnable au crédit international nous réduit à une incapacité de remboursement parfaitement perçue par nos prêteurs extérieurs qui nous retirent progressivement leur confiance. Ce ne sont pas les marchés qui veulent se substituer à nos choix politiques, mais nous-mêmes qui nous sommes mis sous la coupe de nos créanciers, en abdiquant notre autonomie de décision. La crise de l’euro n’est pas davantage technique, mais bien politique. Il est désormais entendu que la Banque Centrale Européenne n’a pas tous les attributs d’une banque centrale et qu’elle se trouve ainsi en position d’infériorité vis-à -vis de la Fédérale Réserve Board américaine et de la Banque Centrale de Chine. Cela résulte toutefois du choix politique initial d’avoir laissé ouverte la possibilité de divergences entre des politiques budgétaires nationales. Nous en avons usé et abusé, en nous croyant bien illusoirement, protégés par le parapluie de l’euro. Les sommets européens "décisifs" et à répétition ont montré la vanité des artifices techniques et des incantations magiques. Le choix véritable est en fait politique et ne peut être qu’une harmonisation suffisante des politiques budgétaires nationales, garantie par un système de surveillance et de contrôle plus ou moins automatique et immédiat. Telle est la condition nécessaire pour nous protéger des délais et des compromis nuisibles à la confiance internationale qui détermine la valeur de notre signature commune. Tous les observateurs sérieux savent qu’un abandon de l’euro, au stade actuel, aurait des conséquences imprévisibles et d’une gravité infiniment supérieure aux difficultés actuelles. Les mêmes s’accordent à considérer qu’un accord est parfaitement possible et rapidement réalisable entre la France et l’Allemagne et que les compétences de la BCE pourrait être complétées dès lors qu’elles auraient pour contrepartie une garantie d’harmonisation des politiques budgétaires. L’enjeu concerne notre souveraineté. Le propos n'est pas son abandon puisque nous l’avons hélas déjà livrée aux marchés par nos choix politiques, il est sa restauration dans un cadre de décision européen, le seul à même de permettre la défense de nos intérêts face aux Etats-Unis et à la Chine, où nous avons toujours pu faire valoir notre poids. |
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