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N° 86 10ème année - décembre 2012 Analyser l'actualité pour aider chacun à exercer sa
liberté de jugement et d'action dans les affaires de la cité.
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DSK et système présidentielDans son paroxysme, l’affaire DSK appelle à l’attention sur de nombreux aspects de l’action des médias. Au second degré, elle invite aussi à réfléchir aux effets d’une excessive concentration de pouvoirs sur une magistrature suprême élue au suffrage universel dans l’actuel contexte de médiatisation généralisée.
Sur une présomption forte d’actes condamnables, les médias ont prononcé une sentence et l’ont exécutée, de façon irréversible. En se substituant aux instances politiques et en réponse à l’inclination générale au voyeurisme, ils ont éliminé un Président putatif de la République. A vrai dire, ce sont déjà eux qui avaient largement contribué au destin de M. Strauss-Kahn. Celui-ci, en effet, n’est pas le produit naturel d’un Parti Socialiste dont il n’illustre les valeurs, ni dans sa conduite, ni dans son style de vie, ni même dans ses positions politiques. Dans les laborieuses "primaires" du parti, sa sélection, possible mais non certaine, n’aurait pu être acquise que par l’espoir qu’il portait de donner la victoire en 2012. Les succès du personnage ont résulté de ses talents personnels, de son ambition, mais aussi beaucoup de l’efficace activisme de ses conseillers en communication, des sondages et finalement de la puissance des médias.
Cette puissance s’exerce désormais quotidiennement sur toute l’action politique. Exemple parmi d’autres, le bruyant intérêt des médias pour une jeune française impliquée dans une affaire criminelle de droit commun au Mexique n’a-t-il pas eu une part décisive dans la remise en cause subite des relations de bonne coopération entre la France et ce pays ?
L’opinion publique étant la source de la souveraineté du peuple, les médias sont évidemment indispensables à sa formation et à son expression en démocratie. Au-delà de la théorie, les réalités techniques et sociales méritent toutefois aussi attention. Il a fallu plus d’un siècle pour apprendre à faire prévaloir l’intérêt général sur les intérêts particuliers et la raison sur les passions. Le génie institutionnel a permis de dépasser l’opinion immédiate, émotive et passionnelle, au profit d’une opinion de raison qui émerge progressivement, avec l’aide notamment de la presse écrite. Les médias d’aujourd’hui, essentiellement audiovisuels et en réseaux, n’ont cependant plus les mêmes effets. Ils amplifient cette opinion immédiate, au point de pouvoir exercer sur les pouvoirs publics une pression difficilement résistible. Il en résulte un risque de véritable ensauvagement de la démocratie. |
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